Futur Plan des Mobilités (PDM) d'Île-de-France
Avis de la CCI Paris Île-de-France
Les Plans des Mobilités (PDM) ont été introduits par la loi de décembre 2019 dite d’orientation des mobilités (LOM). C’est à eux de définir l’organisation des transports de personnes et de marchandises, la circulation et le stationnement, tout en tenant compte de l’amélioration de la qualité de vie. La CCI Paris Ile-de-France (CCIR), impliquée en tant que personne publique associée, s’est mobilisée pour faire entendre la voix des entreprises depuis le début du processus et a déjà eu l’occasion d’appeler l’attention des pouvoirs publics sur certaines préoccupations du monde économique. Aujourd’hui, elle émet un avis favorable, tout en formulant différentes recommandations.
Le projet de PDM, propose désormais 14 axes déclinés en 46 actions, de la poursuite du développement des transports collectifs attractifs à un meilleur partage de la voirie urbaine, en passant par l’encouragement à l’intermodalité et à la multimodalité ou encore l’accélération de la transition énergétique des parcs de véhicules.
Dans son avis, la CCIR propose des recommandations autour des grands enjeux économiques stratégiques pour les entreprises. Elle s’inquiète, notamment, des impacts sur l’activité économique des mesures croissantes de restriction de la circulation routière et de reconfiguration du partage de la voirie qui pénalisent la logistique, l’accès à certaines zones d’emplois et de commerce.
Faciliter l'accès aux zones d'emplois et aux tiers-lieux
Beaucoup d’actions du projet de PDM ont pour objectif de développer ou d’améliorer les transports collectifs, notamment pour les trajets domicile-travail. Une intégration du télétravail à souligner mais qui laisse trop de côté la question de l’accessibilité des zones d’emplois excentrées.
Pourquoi ne pas envisager des mesures d’expérimentation de changements d’itinéraires ou d’horaires de lignes de bus pour desservir des zones d’activités économiques (ZAE) ou des zones de développement de tiers-lieux ? Au demeurant, une attention plus marquée pourrait être apportée aux tiers-lieux et aux déplacements domicile-tiers-lieux.
Préserver les fonctions économiques du territoire dans le partage de la voirie
Le projet de PDM prévoit une optimisation de l’usage de la voirie reposant sur un meilleur partage entre les modes de déplacement (véhicules, marche, vélos…). N’oublions pas cependant de préserver les fonctions économiques de la ville, qui ne peuvent être assurées de la même manière par les différents modes.
Cela signifie d’abord que la place donnée au vélo dans l’aménagement de la voirie doit être proportionnée, en particulier concernant les places de stationnement et la création de pistes cyclables. Oui naturellement pour conforter la dynamique en faveur de l’usage du vélo en réalisant toute une série d’aménagements. Rappelons toutefois que la voiture demeure à ce jour un mode de déplacement incontournable pour beaucoup de Franciliens, notamment en grande couronne et qu’elle reste le premier mode utilisé pour la livraison de marchandises.
Cela implique ensuite d’optimiser les espaces de stationnement réservés aux professionnels. Certes, l’enjeu du stationnement des professionnels est abordé dans le projet de PDM mais il l’est de façon dispersée au sein de plusieurs axes, et finalement les besoins risquent d’être mal identifiés.
Enfin, la CCIR appelle à prendre en compte les besoins de stationnement de la clientèle dans les zones commerciales. S’il faut soutenir la nécessité de changer les habitudes en développant des solutions alternatives à la voiture pour l’accès des clients aux espaces commerciaux, il convient de maintenir un nombre de places suffisant pour assurer leur bonne desserte, en centre-ville comme en périphérie.
Bien prendre en compte l'impact économique des mesures de restriction de circulation automobile
Dans le cadre de la mise en œuvre de restrictions des vitesses maximales autorisées sur les grands axes routiers en zone dense, la CCIR approuve la démarche retenue par le projet de PDM qui privilégie le recours à l’expérimentation. Elle demande d’ailleurs à y être associée ainsi que l’ensemble des professionnels concernés (en amont du projet, mais aussi lors du suivi et de l’évaluation des impacts).
Concernant les zones à trafic limité ou zone apaisée, il faut privilégier les approches harmonieuses et coordonnées à l’échelle de la région et bien accompagner les professionnels dans la transition de leur parc de véhicules. Quant voies réservées, là aussi l’expérimentation préalable doit être la règle. Elle permettra, par exemple, d’évaluer la capacité des axes à absorber ou non les reports de circulation. Il est en outre nécessaire d’étudier l’intégration des entreprises ayant un besoin impérieux d’utiliser un véhicule pour l’exercice de leur activité parmi les ayants droit de la voie dédiée (cas des professionnels dits "mobiles", artisans, logisticiens…).
Intégrer dans les faits les enjeux logistiques
Un important travail d’intégration des enjeux liés à la logistique a été fait à la suite de ses recommandations précédentes. Il faudra maintenant veiller à ce que cela soit suivi d’effets dans la réalité.
D’autant que comme pour la grande majorité des actions du projet de PDM, celles proposées pour la logistique ne sont pas prescriptives et constituent de simples recommandations. Or, la mise en œuvre de beaucoup d’entre elles relève de la compétence des collectivités locales alors même que les enjeux liés à la logistique sont encore mal appréhendés au niveau local. Le maintien du dialogue entre acteurs économiques et publics pour évaluer au mieux les besoins et contraintes de la logistique et répondre aux attentes est indispensable.
Écouter la voix des entreprises
Un nouvel axe est créé, celui de la mobilité des touristes. Il n’existait pas dans les précédentes orientations du PDM ; c’est à la suite de la première contribution de la CCIR qu’une majorité des préconisations a été retenue et intégrée au projet. On pourrait en ajouter trois :
- Soutenir les efforts de modernisation et de lisibilité de la signalétique et de la billettique
- Mieux prendre en compte les demandes issues du tourisme d’affaires
- Promouvoir et faciliter l’utilisation de modes de déplacements plus durables
Autre point à souligner, l’importance accordée aux plans de mobilité employeurs et inter-employeurs. La CCIR réaffirme ici son implication en matière de management de la mobilité.
Rapporteure : Nadia AYADI
Experte : Andréa RIBEIRO
octobre 2024
